En 2016, un marin breton de 21 ans quitte les Canaries avec une poule rousse baptisée Monique. Ce qui ressemblait à une lubie devient l'une des aventures nautiques les plus médiatisées de la décennie : Guirec Soudée et sa poule réalisent ensemble un tour du monde à la voile, avec un hivernage de 127 jours dans les glaces de l'Arctique. En 2026, leur périple reste une référence pour quiconque s'interroge sur la vie à bord en conditions extrêmes, sur l'équipement minimal mais robuste d'un voilier en solitaire, et sur la résilience que demande ce mode de vie nomade.
Guirec Soudée et sa poule : équipement et vie à bord
Guirec Soudée et Monique la poule : tout sur l'équipement et la vie à bord d'un voilier en solitaire
La rédaction de Envie De Voyage · 10 min de lecture

Guirec Soudée est parti à 21 ans avec un voilier de 10 mètres, un budget serré et une poule de basse-cour à bord. Entre 2014 et 2019, il a parcouru plus de 50 000 milles nautiques, traversé l'Arctique, le Pacifique et l'Atlantique, et prouvé qu'un équipement bien pensé vaut mieux qu'un budget illimité. Son aventure est aujourd'hui une boussole pratique pour tous ceux qui rêvent de vie nomade sur l'eau.
Qui est Guirec Soudée, et pourquoi sa poule Monique ?
Guirec Soudée est un navigateur breton né en 1994, parti en 2014 de Bretagne à bord de Yvinec, un Rustler 36. Il n'a ni sponsor au départ, ni expérience de la haute mer. Monique, une poule de race Faverolles, le rejoint aux Canaries en 2016 pour lui tenir compagnie lors des longues traversées. La poule pond régulièrement en mer, fournissant des œufs frais pendant les passages hauturiers, et devient une mascotte mondiale suivie par des millions de personnes sur les réseaux sociaux.
Un projet né de la débrouillardise
Le projet de Guirec Soudée ne part pas d'un plan d'expédition formaté. Il achète Yvinec avec ses économies, apprend la voile en autodidacte et finance son voyage au fil de l'eau, notamment en vendant des photos et en donnant des conférences. Cette approche "minimaliste par nécessité" façonne directement ses choix d'équipement : chaque pièce à bord doit être fiable, réparable en mer et utile au quotidien. C'est précisément ce qui rend son expérience si instructive pour les aspirants tour du monde en croisière ou en voilier en solitaire.
Monique, bien plus qu'un gadget médiatique
La présence d'une poule à bord pose des contraintes concrètes : espace dédié, alimentation en grains, protection contre les embruns et le froid polaire. Dans l'Arctique, Guirec confectionne un manteau pour Monique afin de la protéger des températures négatives. La poule survit à l'hivernage dans les glaces du Svalbard, une performance qui illustre l'ingéniosité d'adaptation propre à la vie nomade en milieu hostile.
L'équipement clé du voilier Yvinec
Le Rustler 36 de Guirec Soudée est un voilier de construction britannique réputé pour sa robustesse en conditions difficiles. Long de 10,97 mètres, il dispose d'une coque en polyester stratifié épaisse, d'un tirant d'eau modéré et d'une quille lestée qui lui confère une bonne stabilité au gîte. C'est un bateau conçu pour la croisière hauturière, pas pour la régate, ce qui correspond exactement aux exigences d'un tour du monde en solitaire.
Navigation et sécurité électronique
Pour un solitaire, le pilote automatique est l'équipier le plus précieux du bord. Guirec utilise un pilote automatique de cockpit qui lui permet de dormir par courtes tranches sans perdre le cap. Il s'appuie également sur :
- Un GPS chartplotter avec cartes vectorielles pour la navigation côtière et hauturière
- Un AIS (système d'identification automatique) pour détecter les navires commerciaux et éviter les abordages pendant les quarts de nuit
- Une VHF marine pour les communications de détresse et les bulletins météo
- Une balise EPIRB homologuée COSPAS-SARSAT, déclenchable manuellement ou automatiquement en cas de naufrage
- Un radôme radar pour la navigation dans le brouillard arctique
La redondance est la règle : deux GPS indépendants, une boussole magnétique de secours, et des cartes papier pour les zones peu couvertes. Cette philosophie de double équipement est fondamentale dans les régions polaires où une panne peut être fatale.
Énergie et autonomie à bord
L'autonomie énergétique est l'un des défis majeurs d'un tour du monde en voilier. Guirec équipe Yvinec de panneaux solaires en complément d'une hydrogénératrice (une hélice immergée qui produit de l'électricité grâce au déplacement du bateau). Ce couple solaire/hydrogénération couvre les besoins en éclairage LED, en navigation électronique et en communication satellite sans dépendre d'un moteur thermique énergivore.
Le moteur diesel reste indispensable pour les manœuvres portuaires et les calmes plats, mais Guirec le sollicite peu en mer ouverte. Un réservoir d'eau de 200 litres complété par un récupérateur d'eau de pluie assure l'autonomie en eau douce sur les longues traversées.
Voiles et gréement pour les hautes latitudes
Le gréement d'un voilier destiné aux zones polaires doit être surdimensionné. Guirec opte pour des voiles en Dacron renforcé, plus résistantes aux UV et aux frottements que les voiles de course en laminé. Il emporte un jeu complet de voiles de rechange : grand-voile, génois, trinquette et voile de tempête. En Arctique, la voile de tempête est utilisée dès que le vent dépasse 35 nœuds, ce qui arrive fréquemment dans les détroits.
Les manœuvres sont simplifiées au maximum pour être réalisables seul depuis le cockpit : tout se borde en cockpit, les winches électriques réduisent l'effort physique, et les drisses passent par des bloqueurs accessibles sans quitter le poste de barre. Cette ergonomie "solo" est la première chose à optimiser avant un départ en solitaire.
La vie quotidienne à bord : organisation et alimentation
Vivre seul sur un voilier de 10 mètres pendant des mois impose une organisation millimétrée. Chaque centimètre carré est utilisé : vivres lyophilisés et conserves dans les fonds, matériel de pêche sous le cockpit, vêtements techniques dans des sacs étanches. Guirec applique le principe du "une chose qui entre, une chose qui sort" pour éviter l'accumulation, une règle que connaissent bien les adeptes de la vie nomade en van.
Les repas en mer : entre débrouille et stratégie calorique
En traversée hauturière, la cuisine se résume souvent à des plats chauds rapides : riz, pâtes, légumineuses en conserve, soupes lyophilisées. L'apport calorique doit être élevé (3 000 à 4 000 kcal/jour) car le froid et l'effort physique brûlent beaucoup d'énergie. Les œufs de Monique constituent un apport protéique frais précieux : la poule pond en moyenne un œuf par jour, même en mer, ce qui représente une source de nourriture non négligeable sur une traversée de 20 jours.
La pêche à la traîne complète les vivres : thons, dorades coryphènes et mahi-mahi sont fréquents dans les zones tropicales. En Arctique, Guirec pêche sous la glace lors de l'hivernage au Svalbard, une technique qui demande patience et équipement spécifique (ligne courte, hameçons fins, appâts adaptés).
Le sommeil fractionné du marin solitaire
Sans équipier, le solitaire ne peut pas dormir plus de 20 à 30 minutes d'affilée en zone de trafic maritime. Guirec utilise une alarme de veille et s'appuie sur l'AIS pour être alerté si un navire s'approche à moins de 5 milles. En plein océan, loin de toute route commerciale, il s'autorise des cycles de 2 heures. Cette gestion du sommeil fractionné est l'une des compétences les plus difficiles à acquérir en navigation solitaire.
L'hivernage dans les glaces du Svalbard : un défi extrême
De septembre 2016 à janvier 2017, Guirec Soudée hiverne avec Yvinec dans la baie de Varsolbukta, au Svalbard, à environ 78° de latitude nord. Le bateau est pris dans la glace pendant 127 jours, dans une obscurité quasi totale et des températures descendant jusqu'à -30°C. Cet hivernage est l'une des rares fois où un navigateur solitaire a volontairement laissé son bateau se faire emprisonner par la banquise pour passer l'hiver polaire.
Préparation spécifique pour le froid extrême
Avant l'hivernage, Guirec renforce l'isolation du bateau avec des panneaux de mousse synthétique sur les parois intérieures. Un poêle à bois compact (modèle Dickinson, couramment utilisé en navigation hauturière) assure le chauffage en continu. Les réservoirs de gasoil sont protégés du gel par des isolants thermiques, et les batteries sont maintenues au chaud pour conserver leur capacité. La nourriture est stockée pour six mois : conserves, céréales, légumineuses, chocolat et alcool pour les soirées longues.
Pour Monique, Guirec fabrique un espace chauffé dans le carré, avec un bac à litière et une réserve de grains. La poule s'adapte à la nuit polaire mieux que prévu, bien que sa ponte ralentisse considérablement en l'absence de lumière naturelle.
Ce que l'aventure de Guirec enseigne sur la vie nomade
Au-delà de l'exploit sportif, le périple de Guirec Soudée est une démonstration concrète des principes de la vie nomade : partir avec peu, adapter en permanence, trouver des solutions locales plutôt que de tout prévoir. Ces mêmes valeurs se retrouvent chez les vanlifers qui sillonnent l'Europe ou chez les digital nomades qui travaillent depuis leur ordinateur à l'autre bout du monde.
La sobriété matérielle comme philosophie
Guirec ne part pas avec le dernier équipement à la mode. Son bateau est acheté d'occasion, ses voiles sont réparées plutôt que remplacées, et ses outils de navigation sont fiables plutôt que sophistiqués. Cette sobriété n'est pas un handicap : elle force à maîtriser chaque système à bord, à comprendre comment le réparer en mer, et à ne pas dépendre d'une technologie que l'on ne comprend pas. C'est une leçon que les adeptes du van life d'occasion connaissent bien.
La dimension humaine du voyage en solitaire
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, Guirec ne vit pas en autarcie totale. Il s'arrête dans des ports, rencontre des pêcheurs, des Inuits, des scientifiques en mission polaire. Ces rencontres sont aussi importantes que les traversées elles-mêmes. La poule Monique joue d'ailleurs un rôle de "brise-glace social" : dans chaque port, elle attire la curiosité et ouvre des conversations. Pour ceux qui envisagent un tour du monde, cette dimension humaine est souvent sous-estimée dans la préparation.
La communication et le partage en route
Guirec documente son aventure en temps réel grâce à un téléphone satellite Iridium et une connexion Inmarsat pour envoyer photos et vidéos. Cette communication régulière avec sa communauté en ligne lui permet de financer une partie du voyage via des partenariats et des ventes de tirages photo. En 2026, les outils de communication satellite se sont considérablement démocratisés (Starlink maritime notamment), rendant ce type de projet encore plus accessible qu'à l'époque de Guirec.
Questions fréquentes
Quel voilier Guirec Soudée utilise-t-il pour son tour du monde ?
Guirec Soudée navigue à bord d'un Rustler 36 baptisé Yvinec, un voilier de croisière hauturière de fabrication britannique mesurant environ 11 mètres. Ce modèle est réputé pour sa robustesse en conditions difficiles, ce qui en fait un choix adapté aux hautes latitudes et aux longues traversées océaniques en solitaire.
Pourquoi Guirec Soudée avait-il une poule à bord ?
Guirec a adopté Monique aux Canaries en 2016 principalement pour la compagnie lors des longues traversées en solitaire. La poule lui a également fourni des œufs frais en mer, un apport alimentaire non négligeable. Sa présence à bord est devenue un symbole de l'aventure et a contribué à la notoriété médiatique du projet.
Comment Guirec Soudée a-t-il financé son tour du monde ?
Le financement est progressif et diversifié : vente de photographies, conférences dans des écoles et des entreprises, partenariats avec des marques d'équipement nautique, et plus tard les droits d'un livre et d'un documentaire. Guirec n'avait pas de sponsor majeur au départ, ce qui l'a obligé à gérer son budget avec une grande rigueur tout au long du voyage.
Combien de temps a duré l'hivernage dans les glaces du Svalbard ?
L'hivernage dans la baie de Varsolbukta au Svalbard a duré 127 jours, de septembre 2016 à janvier 2017. Pendant cette période, le bateau était pris dans la banquise à environ 78° de latitude nord, dans une obscurité quasi permanente et des températures pouvant descendre à -30°C. C'est l'un des aspects les plus spectaculaires de l'aventure.
Quels équipements de sécurité sont indispensables pour naviguer en solitaire ?
Les équipements essentiels pour la navigation en solitaire comprennent : une balise EPIRB homologuée, un AIS récepteur/émetteur, une VHF marine, un pilote automatique fiable, un radeau de survie, un harnais et une longe de sécurité, ainsi qu'une trousse médicale complète. La redondance des systèmes de navigation (deux GPS, boussole magnétique, cartes papier) est fortement recommandée en zone isolée.
Monique la poule a-t-elle survécu au tour du monde ?
Oui, Monique a survécu à l'intégralité du périple, y compris l'hivernage arctique. Elle est devenue une célébrité à part entière, avec des milliers de fans sur les réseaux sociaux. Sa longévité et sa résistance aux conditions extrêmes ont surpris de nombreux experts, et son histoire a été racontée dans le livre et le documentaire de Guirec Soudée.
Où trouver des informations officielles avant de naviguer dans des zones reculées ?
Pour préparer une navigation dans des zones isolées ou sensibles, consultez les avis aux navigateurs publiés par le SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), les recommandations de sécurité disponibles sur diplomatie.gouv.fr, ainsi que les guides de navigation de référence disponibles sur Lonely Planet pour les destinations spécifiques.
Peut-on faire un tour du monde en voilier sans expérience préalable ?
Guirec Soudée prouve que c'est possible, mais cela demande une préparation sérieuse et une progression par étapes. Il est fortement conseillé d'obtenir au minimum le permis hauturier, de réaliser plusieurs traversées côtières avant de se lancer en haute mer, et de suivre une formation aux premiers secours en mer. La courbe d'apprentissage est réelle, et les erreurs en haute mer peuvent être fatales.
L'aventure de Guirec Soudée et Monique dépasse le simple récit d'exploit : elle pose des questions concrètes sur ce qu'il faut vraiment emporter, comment organiser sa vie dans 10 mètres de coque, et jusqu'où la débrouillardise peut remplacer le budget. En 2026, avec des technologies comme Starlink maritime ou les pilotes automatiques nouvelle génération, les barrières à l'entrée pour un tour du monde en voilier ont encore baissé. La vraie question n'est plus "est-ce possible ?" mais "par où commencer ?" Si ce récit vous a donné envie d'aller plus loin, les ressources sur la vie nomade et les voyages longue durée ne manquent pas pour passer de l'inspiration à la préparation concrète.
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